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Économie

Pourquoi la France devrait s’inspirer de Javier Milei

par Claude Sicard 9 mai 2024
par Claude Sicard 9 mai 2024
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Nous avons montré dans un précédent article que la France est l’un des pays, en Europe, dont l’économie est la plus dégradée. Tous les clignotants sont au rouge : le budget de la nation, depuis une quarantaine d’années, est déficitaire chaque année, les dépenses publiques et les dépenses sociales se situent à des niveaux record,  le taux de chômage est continuellement très élevé, la balance du commerce extérieur est chaque année déséquilibrée, et la dette extérieure du pays  augmente constamment au point qu’elle a fini par devenir supérieure au PIB.

Les grandes agences de notation se sont inquiétées, évidemment, de la situation, et la note de la France a été par deux fois dégradée : on craignait que Moody’s et Fitch qui avaient à se prononcer, à nouveau, le 26 Avril dernier, fassent une troisième fois reculer d’un cran notre pays, mais ces agences n’ont pas modifié leur notation en se fiant à la ferme résolution de notre ministre de  l’Economie de réduire les dépenses publiques pour en arriver, fin 2027, au fameux déficit de 3 % du PIB qui est exigé par le Pacte de Stabilité et de Croissance de la zone euro. On sait que nos partenaires se montreront intraitables si l’on ne tient pas nos engagements : pour l’instant on en est à 5,5 % du PIB.

 

Notre économie réalise de très mauvaises performances

D’une manière stupéfiante, les dirigeants français, centrés en permanence sur les problèmes qu’ils ont à résoudre au jour le jour, paraissent ne pas s’être aperçus que l’économie du pays réalisait, dans la longue période,  des performances bien inférieures à celles des autres pays européens. C’est ce qu’a montré une étude menée par la Division des Statistiques de Nations-Unies,  publiée en 2018 : les statisticiens de l’ONU ont pris tout simplement comme indicateur le PIB/capita des pays  et leur étude a porté sur la période 1980-2017.Nous reproduisons, ci-dessous, les résultats de cette étude pour quelques pays européens, en prolongeant les séries jusqu’à la période actuelle, et en ajoutant le cas d’Israël qui est remarquable :

 

Si la France avait multiplié son PIB/capita par 4,2 , comme l’Allemagne ou les Pays Bas, on constaterait que ses taux de dépenses publiques et de dépenses sociales, par rapport au PIB, sont normaux. Il faut donc voir à quoi tiennent ces contre performances de l’économie française.

 

Le rôle de la sociologie en matière économique

Dans les processus  économiques les éléments sociologiques jouent  un rôle déterminant. Karl Polanyi, un économiste -anthropologue austro-hongrois, a montré dans « La grande transformation » ( Galimard,1983 ) qu’il n’y a pas de relations économiques sans relations sociales .. 

La sociologie du monde du travail, en France, s’est trouvée inféodée au marxisme. Il s’agit d’un choix délibéré qui a été fait au début du XXe siècle, lors du congrès d’Amiens de la CGT, en 1906. C’est, en effet, à l’occasion de ce grand congrès qu’a été élaborée la fameuse « Charte d’Amiens », une charte qui a donné au syndicalisme français pour mission d’être révolutionnaire, c’est-à-dire d’avoir pour objectif de s’accaparer des moyens de production de la nation en utilisant comme moyen d’action la grève générale. La Charte d’Amiens a constitué l’ADN du syndicalisme français : l’objectif final, certes, n’a pas été atteint, mais il s’en est fallu de très peu au lendemain de la dernière guerre mondiale.  Nous avons eu, ainsi, dans notre pays, un syndicalisme très combatif, et nos chefs d’entreprise ont dû s’en accommoder. Ils ont été, en permanence, entravés dans leurs actions par l’attitude hostile des syndicats et ils se sont vus imposer par la puissance publique un Code du travail très lourd qui a beaucoup bridé leur dynamisme.

En Allemagne, la collaboration des syndicats avec la Sozialdemokratie  a permis de déboucher sur la cogestion des entreprises, et, en Suisse,  le patronat et les syndicats ont conclu, en 1937, un accord  qui s’est appelé « La paix  du travail », accord par lequel il a été convenu que les conflits se règleraient dorénavant  par des négociations et non plus par des grèves ou des lock-out. En France, du fait de la « Charte d’Amiens », on en est restés à la « lutte des classes », et ce mauvais climat social a nui, en permanence, au bon fonctionnement de l’économie.. 

 

Les anomalies structurelles de l’économie française

Avec les innombrables luttes menées par les syndicats, les travailleurs français ont obtenu des « acquis sociaux » importants qui se sont inscrits dans la loi, et l’on a abouti à un code du travail volumineux et très contraignant pour les patrons.

On voit, sur ce tableau, comment s’est organisé notre pays pour faire  fonctionner sa machine économique. On note, dans le cas de la France : un taux de population active anormalement bas, une durée de  vie active plus courte que dans les autres pays, un nombre d’heures travaillées par an inférieur à ce qu’il est dans  les pays du Nord ou la Suisse, et une propension à recourir à la grève particulièrement  élevée. Il manque à la France environ 5 millions de personnes au travail, et encore compte-t-on dans la population active les chômeurs censés  rechercher un emploi.  Les personnes qui ne sont pas au travail sont portées par la communauté nationale, vivant  des subsides fournis par l’Etat. On notera  qu’à fin décembre 2021 il y avait, à Pôle Emploi, (maintenant France-Travail), l’organisme qui  en France gère les chômeurs, 5.685.000 inscrits, toutes catégories confondues (A.B,C,D et E),dont 700.000 dispensés de rechercher un emploi.

Autres anomalies : des ratios tout à fait anormaux, bien plus élevés que la moyenne des pays de l’OCDE, en matière de dépenses publiques, de dépenses sociales et d’endettement, comme l’indique le tableau ci-dessous  :

Pour avoir une analyse plus fine que celle consistant à faire de simples comparaisons  avec l’OCDE  nous procéderons à  une approche économétrique basée sur un échantillon d’une dizaine de pays européens se situant à des niveaux de richesse très différents les uns des autres. Nous examinerons d’un côté les dépenses sociales, et, de l’autre, les dépenses de  fonctionnement.

Les dépenses sociales

Nous ramènerons ces dépenses au nombre des habitants afin de pouvoir procéder à une corrélation avec les PIB/capita. Nous avons la corrélation suivante :

L’équation traduisant cette corrélation indique ce que devraient être nos dépenses sociales avec le PIB/capita qui est le notre :  9.759 dollars par habitant, alors que nous en sommes à 13.161 dollars, soit un excès de 34,8 %.

 

Les dépenses publiques autres que « sociales »

Dans les dépenses publiques, les dépenses sociales, en France, tiennent une place extrêmement  importante : 65 %,ce qui est bien plus qu’ailleurs. Il faut  voir comment se situent les autres dépenses, qui sont des dépenses de  fonctionnement, d’investissement, et de coût de la dette ; et c’est ce que montre le graphique suivant :

L’équation de la droite de corrélation indique que nos dépenses de  fonctionnement devraient se situer à seulement 9.316 dollars par personne, soit un excédent de 16,2 %. La France, là  également, se trouve  donc avoir un niveau de dépenses de fonctionnement en avance sur son niveau de richesse.

 

Les excès de dépenses, en France

L’approche économétrique que nous venons d’utiliser nous indique que nos dépenses publiques sont tout à fait excessives : 34,8 % de trop dans le cas des dépenses sociales, et de 16,2 % pour ce qui est des dépenses de fonctionnement. Dans le cas de l’année 2022  il s’agit des sommes suivantes :

On en a donc été, pour l’année 2022, à un excèdent de dépenses publiques se montant à  316 milliards d’euros, soit, globalement, 26,0 % de trop…

Les règles du Pacte de Stabilité et de Croissance de la zone euro ont été remises en vigueur par les ministres de  l’Economie et des Finances en décembre dernier, avec des modalités d’application quelque peu assouplies. Il va falloir en arriver à un déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB au plus tard  fin 2027, et pour y parvenir il va falloir faire environ 70 milliards d’euros d’économies. Comme nous venons de le voir, ce sont essentiellement les dépenses sociales qui devront être mises à contribution, mais l’Etat n’osera pas y toucher car la population y est très sensible. Le fait qu’elles soient élevées s’explique  par  la nécessité qu’il y eut de faire face à l’appauvrissement du pays résultant du rétrécissement constant de notre secteur industriel, et ce depuis la fin des Trente Glorieuses.

Notre secteur industriel s’est considérablement réduit au point que la France est devenue le pays le plus désindustrialisé d’Europe, la Grèce mise à part. Ce secteur ne contribue plus que pour 10 % à la formation du PIB, alors qu’il s’agit de 23 % ou 24 % en Allemagne ou en Suisse. Or, l’industrie est des trois secteurs qui constituent l’économie d’un pays celui qui génère le plus de richesse, et, curieusement,  les pouvoirs publics ont été indifférents à son déclin ; et c’est, par ailleurs, celui où la productivité augmente le plus vite. La puissance publique sous la pression des citoyens a donc dû continuellement augmenter les dépenses sociales pour remédier à l’appauvrissement de la nation, et elles ont fini par atteindre des sommets, comme nous l’avons indiqué plus haut. 

Le drame est qu’il va falloir maintenant les réduire, ce qui va être pour nos dirigeants une mission extrêmement délicate !  En les  diminuant de 70 milliards d’euros, on les ramènerait, en 2027,  à 28,1 % du PIB, un chiffre  très proche de la moyenne de l’UE. Et cette tâche va incomber à Emmanuel Macron, qui est un Président qui a à son actif d’avoir à lui seul augmenté notre dette de près d’un milliard d’euros  depuis qu’il est en charge des destinées  du pays. C’est le moindre des services que l’auteur du « quoi qu’il en coûte » va pouvoir rendre, maintenant, à la nation : mais ses dernières initiatives montrent qu’il n’est pas prêt à inscrire ses actions dans le cadre de ce vertueux projet ! 

Charte d'AmiensClaude SicardDépenses publiquesMilei
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Claude Sicard

Claude Sicard est ingénieur agronome et docteur en économie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la stratégie d’entreprise. Après un début de carrière dans l’industrie, il a été directeur adjoint du département d’Economie de la CEGOS. Puis, ayant créé son cabinet de conseil, il s’est spécialisé dans les techniques d’analyse stratégique d’entreprises. Il a réalisé de très nombreuses missions de conseil auprès des grandes entreprises françaises, et tout particulièrement du groupe Renault dont il a été conseil auprès de la Direction générale pendant une vingtaine d’années. Il a été enseignant à Paris Dauphine et dans diverses business schools.

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